ARIODANTE1735 à Londres Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759)Page tirée du document de l'Opéra du Rhin https://www.operanationaldurhin.eu/files/88739cb8/dossier_pedagogique_ariodante.pdf
1. EN DEUX MOTSLa princesse Ginevra et son fiancé, le chevalier Ariodante, nagent en plein bonheur : ils sont jeunes, beaux, amoureux et promis à régner un jour sur un royaume prospère. Tout, même la nature, paraît célébrer l’harmonie de leur union, mais un tableau si idyllique ne peut qu’aiguiser les appétits et susciter les jalousies des ambitieux qui gravitent autour du roi d’Écosse. Le machiavélique duc Polinesso voit ainsi dans un mariage avec la princesse le meilleur moyen d’accéder au pouvoir. Pour arriver à ses fins, il manipule la confidente de la jeune femme, Dalinda, et joue des apparences trompeuses d’une nuit obscure afin de compromettre Ginevra, qui semble tomber sous son emprise. Ariodante est créé par Haendel en 1735 à Londres avec le castrat Carestini et quelques-unes des autres grandes stars de l’opera seria que les théâtres européens s’arrachent alors. Si son histoire s’inspire d’un épisode du Roland furieux, fameuse épopée chevaleresque de l’Arioste, il n’y est pas question de magie ou de créatures fantastiques, mais de personnages profondément humains, même lorsque leurs passions flirtent avec la monstruosité. Partant de cette dimension psychologique forte, la metteuse en scène Jetske Mijnssen fait de la cour du roi d’Écosse dépeinte dans le livret d’Antonio Salvi une seule et même famille royale, rongée par la loi du silence, les secrets d’alcôves et les jalousies. Grand spécialiste de la musique baroque, Christopher Moulds dirige ce huis clos haletant dans lequel une jeunesse dorée s’affronte et se déchire à coup de vocalises virtuoses et de sublimes lamentations. 2.TROIS FAITS SUR LE SPECTACLEHaendel, le rival de Porpora à la cour de Londres Un opéra d’une beauté éblouissante Alors qu’en 1734-1735, le public s’éloigne de lui et que son contrat avec le King’s Theatre touche à sa fin, Haendel se met à écrire Ariodante, un opera seria destiné à ouvrir le flambant neuf Théâtre royal de Covent Garden. Comme galvanisé par l’adversité, il livre une œuvre rayonnante, aussi virtuose que le livret – tiré d’un épisode d’Orlando furioso de l’Arioste. Cette partition, d’une grande expressivité et d’une grande émotion, alterne entre des airs de bravoure brillantissimes et quelques lamenti à déchirer l’âme, dont le plus beau de Haendel, «Scherza infida ».
Un plateau musical d’exception Ce chef-d’oeuvre est donné dans une nouvelle production confiée à la metteuse en scène hollandaise Jetskze Mijnssen qui a imaginé une belle approche basée sur la dimension familiale de l’ouvrage. Christopher Moulds, grand spécialiste de la musique de Haendel, sera à la tête de l’Orchestre symphonique de Mulhouse. La distribution de chanteurs, tous familiers du répertoire baroque, est marquée par les débuts dans le rôle-titre de la jeune mezzo-soprano française Adèle Charvet, que les spectateurs de l’OnR connaissent bien après son interprétation poignante d’Hélène Berr (Le Journal d’Hélène Berr de Bernard Foccroulle) en 2023.
3. OPERA SERIAOrigine En réaction contre les excès de l'opéra vénitien et romain, l'opéra seria nait par le biais d'une réforme élaborée dans les années 1690 à Naples, dans le cercle des lettrés de l'Arcadie. Les librettistes Apostolo Zeno et Pietro Metastasio en sont les plus fameux représentants. À l'origine, on ne parle que de dramma per musica, le terme opera seria n'apparaissant que plus tard. Principes • Trois actes. Unité d'action pour un nombre de personnages réduit. • Interdiction de mélanger les genres sérieux et comiques. D'où le choix de sujets héroïques ou tragiques empruntés aux grands poèmes épiques (le Roland furieux de l'Arioste, la Jérusalem délivrée du Tasse) ou à l'histoire antique. • Le livret (toujours en italien) doit présenter une intrigue au dénouement moral, qui voit généralement triompher le pardon et la clémence. • Le lieto fine (fin heureuse) est de mise. • Créé originellement par des poètes soucieux de qualité littéraire, l'opéra seria est tôt devenu un support pour la virtuosité des chanteurs, évolution favorisée par une construction musicale qui s'ordonne autour d'une succession d'airs permettant à un personnage d'exprimer chaque fois un affect (colère, désespoir, ardeur, etc.) et mettant à contribution son imagination et sa virtuosité (...). Distribution Tous les éléments de l'opéra seria sont réglementés, y compris la répartition des rôles et leur hiérarchie, traduite par le nombre d'airs de chaque soliste (...) Ingrédients Sinfonia : Ouverture généralement « à la française», c'est-à-dire avec une première partie majestueuse, une deuxième partie rapide. Elle est souvent suivie d'un ou deux mouvement(s) de danse. Récitatif sec : Accompagné par un continuo instrumental sobre (clavecin et violoncelle), il permet à l'action d'avancer. Récitatif accompagné : La souplesse du récitatif soutenue par l'expressivité de tout l'orchestre. Initialement plutôt rare. Air : Ingrédient de base de l'opéra seria. Il dépeint un affect, use d'images poétiques codifiées et adopte généralement la forme da capo (...). Au cours du XVIIIeme siècle, la forme du rondo (...) prend de l'importance. Duo (ou trio) : Rare, et placé généralement à la fin du deuxième ou du troisième acte. Chœur : Uniquement conclusif ou introductif d'un acte, chanté par l'ensemble des solistes. Exemples Les compositeurs d'opéra seria les plus goûtés étaient Hasse et Jomelli. Mais Scarlatti, Vinci, Leo, Porpora, Caldara ou Pergolesi n'étaient pas en reste. Aujourd'hui, on joue plus souvent les ouvrages seria de Handel et de Mozart. Et le terme est encore employé s'agissant des opéras tragiques de Rossini.
4. ARGUMENTPris sur le site suivant : http://www.livretpartition.com/ariodante-g-f-haendel/ Acte IUn cabinet dans le palais royal du roi d’Écosse
Air de Ginevra (Orrida agli occhi mei)
Dalinda révèle à Polinesso les sentiments de Ginevra pour Ariodante, et tente de le décourager à son profit. Air de Dalinda (Apri le luci)
Polinesso décide de tramer un complot contre son rival en utilisant l’amour que lui porte Dalinda. Air de Polinesso (Coperta la frode)
Dans le jardin royal Ariodante songe à son amour pour Ginevra qui paraît bientôt et se joint à lui en un duo (Prendi da questa mano).
Le Roi les interrompt et confirme qu’il bénit leur union. Ginevra exulte de bonheur. Air de Ginevra (Volate, amori)
Le Roi ordonne à Odoardo d’aller préparer le mariage, et assure une fois de plus Ariodante de son affection et du plaisir qu’il prend à la perspective du mariage de sa fille. Air du roi d’Écosse (Voli colla sua tromba). Une superbe vallée Ariodante contemple la beauté du lieu. Ginevra et lui chantent leur amour dans un duo (Se rinasce nel mio cor). Le Choeur et un ballet de nymphes, bergers et bergères célèbrent leur amour.
Acte IIClair de lune Parmi un champ de ruines, on aperçoit la porte secrète du jardin royal qui donne accès aux appartements de Ginevra. Air d’Ariodante (Tu, prepari a morire)
Lurcanio, caché, assiste à la scène. Ariodante se dissimule parmi les ruines. Prévenue par des coups frappés à la porte par Polinesso, Dalinda, habillée en Ginevra, lui ouvre la porte des appartements privés. Hors de lui, Ariodante s’apprête à se donner la mort, mais Lurcanio le retient en le suppliant de ne pas se tuer pour une femme infidèle. Air de Lurcanio (Tu vivi, e punito). Ariodante chante son désespoir. Air d’Ariodante (Scherza infida). De son côté, Polinesso déguste son triomphe et fait des promesses à Dalinda. Air de Dalinda (Se tanto piace al cor). Polinesso se félicite du coup porté à son rival . Air de Polinesso (Se l’inganno sortisce felice). Une galerie du palais royal Le Roi, qui ignore encore tout de ces événements fâcheux, s’apprête à faire d’Ariodante son héritier lorsque Odoardo vient annoncer que le prince s’est jeté à la mer et s’est noyé. Le Roi est stupéfait et réclame une enquête. Air du roi (Invida sorte avara). Ginevra, informée par son père, s’évanouit sous le choc. Lurcanio arrive alors et accuse Ginevra d’avoir été la cause de la mort de son frère par sa conduite impudique. Il fait lire au roi une lettre d’Ariodante accusant Ginevra. Air de Lurcanio (Il tuo sangue). Le roi est accablé et repousse Ginevra qui, complètement déconcertée, perd la raison et appelle la mort. Air de Ginevra (« Il mio crudel martoro »). Ballet des Songes agréables, des Songes funestes, des Songes agréables et affligés, pendant que Ginevra se lamente.
Acte IIIUn bois Ariodante, déguisé, pleure le sort qui l’a brisé en lui laissant la vie. Il rencontre par hasard Dalinda lorsque celle-ci est agressée par les deux assassins que Polinesso a engagés afin de supprimer la seule preuve de son forfait. Il la sauve et elle lui apprend la vérité ; il invective contre la nuit, le déguisement et la suspicion qui ont contribué à lui ravir ce qu’il avait de plus cher. Air d’Ariodante (Cieca notte, infidi sguardi). Dalinda se rend compte qu’elle a été trompée par Polinesso. Air de Dalinda (Ingrato Polinesso !). Dans un jardin du palais Le Roi insiste pour que soit trouvé un chevalier apte à défendre Ginevra. Polinesso se présente. Air de Polinesso (Dover, giustizia, amor). Ginevra proteste de son innocence et implore la pitié de son père. Air de Ginevra (Io ti bacio). Elle refuse d’être défendu par Polinesso, mais le Roi lui ordonne de l’accepter et la quitte, le coeur serré. Air du Roi (« Al sen ti stringo »). Ginevra se sent abandonnée. Air de Ginevra (Si morro, ma l’onor mio). Une lice Les trompettes annoncent la préparation du combat singulier. Polinesso se bat contre Lurcanio qui lui assène un coup puissant. Le duc, blessé, sort de l’arène, aidé par Odoardo. Lurcanio, pour venger l’affront fait à l’honneur de son frère, offre de se battre avec quiconque s’avancera pour défendre la coupable. Apparaît alors un chevalier inconnu à la visière baissée : c’est Ariodante. Il se fait bientôt reconnaître et s’apprête à expliquer ce qu’il a appris du complot à la condition que le roi pardonne à Dalinda son rôle innocent dans la honteuse mascarade. Odoardo vient annoncer qu’en mourant Polinesso a avoué son méfait. Le Roi court retrouver sa fille pour lui annoncer la bonne nouvelle. Ariodante se réjouit de la tournure des événements. Air d’Ariodante (« Dopo notte »). A la demande pressante de Lurcanio, Dalinda consent à devenir sa femme. Duo (« Dite spera, e son contento »). Appartement où Ginevra est retenue prisonnière Ginevra se sent abandonnée, et attend la mort. Le Roi reconnaît son innocence et l’embrasse. Elle est à nouveau unie à Ariodante. Duo (Bramo aver mille vite). Choeur. Ballet des dames et les chevaliers de la cour.
5. CIRCONSTANCES DE COMPOSITIONAu XVIIIème siècle la culture italienne domine l’Europe dans la littérature, mais surtout pour la musique et en particulier l’opéra italien avec un genre nouveau, né à Naples au début de ce siècle : « l’opera seria ». Un genre né en réaction à l’opéra vénitien qui était devenu de plus en plus extravagant suite à la création des premiers théâtres publics payants. Il fallait alors séduire le public pour remplir les caisses et ce genre, l’opéra vénitien, mêlait tout et n’importe quoi. Il était plus que temps pour limiter l’invraisemblance des livrets de recentrer le drame sur l’intrigue principale. C’est un genre très codifié dont le but premier était avant tout de mettre en avant les grandes voix du moment, et principalement le type de voix star de cette époque : la voix de castrat. Ces chanteurs étaient idolâtrés, traités comme des superstars et couverts de gloire et de richesse. Et chaque grande capitale européenne, de Madrid à St Petersbourg veut donner dans ses théâtres ce genre très en vogue et fait alors venir à elle ces grands chanteurs et de prestigieux compositeurs italiens. A titre d'exemple, voilà à quoi ressemblaient l'opera buffa à Venise
Londres va alors faire venir sur ses terres Georg Friedrich Haendel. Bien qu’allemand de naissance il fut formé à Naples durant ses années de jeunesse, et il n’est pas de meilleur ambassadeur du genre que lui et dès son arrivée, il va donner à entendre en 1711 son célèbre Rinaldo. S’ensuivirent d’autres opéras qui conduisent à la création en 1720 de la « Royal Academy of Music » soutenue par le roi Georg Ier. Académie qui permet à Haendel d’avoir à ses côtés les plus grandes voix du moment. Extrait de Rinaldo (très connu)
Mais à cette époque déjà la concurrence est rude, et une seconde compagnie est créée en 1733 pour rivaliser avec elle : « The Opera of the nobility ». Une compagnie créée également à des fins politiques puisqu’elle était soutenue cette fois par le fils du roi : le prince de Galles. Et pour la diriger on invite alors le compositeur italien : Nicola Porpora. Cette rivalité entre Haendel et Porpora donnera naissance à de grands chefs d’œuvre. Et le 12 août 1734, Haendel entreprend la composition de son vingt-neuvième opéra : Ariodante. Le livret est une adaptation de Ginevra, principessa di Scozia d’Antonio Salvi, inspiré de l’Orlando furioso de Ludovico Ariosto (Chants IV-VI). L’œuvre se découpe en trois actes et si son histoire s’inspire d’un épisode du Roland furieux, fameuse épopée chevaleresque de l’Arioste (publié en 1516), il n’y est pas question de magie ou de créatures fantastiques, mais de personnages profondément humains, même lorsque leurs passions flirtent avec la monstruosité. Ariodante est créé par Haendel au Covent Garden de Londres le 8 janvier 1735 avec le castrat Carestini et quelques-unes des autres grandes stars de l’opera seria que les théâtres européens s’arrachent alors.
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