Le romantisme français : le sentiment de la nature
Le romantisme français entretient avec la nature une relation différente de celle du romantisme allemand. En Allemagne, sous l'influence de Goethe, Eichendorff ou Novalis, la nature est souvent une présence métaphysique, presque un être vivant. En France, elle est plus volontiers un paysage poétique, un lieu de rêverie, de souvenir ou d'amour, même si certains compositeurs atteignent une profondeur comparable. Hector Berlioz, 1803-1869 Berlioz est sans doute le compositeur romantique français qui se rapproche le plus de la conception allemande de la nature, tout en restant profondément original. Chez lui, la nature n'est jamais simplement jolie ou pittoresque : elle est immense, sublime au sens romantique du terme, parfois consolatrice, parfois écrasante. Il a lu William Shakespeare, Johann Wolfgang von Goethe et Lord Byron ; sa sensibilité est très proche de celle des grands romantiques européens. La Damnation de Faust 1842L'œuvre est traversée par la nature. Le début, « Le vieil hiver a fait place au printemps », est un vaste tableau du renouveau de la terre. Le chœur des paysans et les chants de fête expriment une nature vivante, mais qui contraste avec la solitude de Faust.
Harold en Italie, 1834C'est probablement l'œuvre où Berlioz contemple le plus directement la nature. Inspirée de Lord Byron, elle évoque les montagnes, les vallées, les pèlerins, les orages... La nature y devient le compagnon du voyageur, comme chez Schubert, mais avec une ampleur orchestrale extraordinaire.
La Symphonie fantastiqueLe troisième mouvement, « Scène aux champs », est probablement la plus célèbre évocation de la nature chez Berlioz. Deux bergers dialoguent au loin, les vents agitent les arbres, le silence s'installe peu à peu, puis l'orage gronde. La nature y accompagne les états d'âme du héros sans jamais les illustrer de manière anecdotique. À la fin, un seul berger répond encore ; le tonnerre s'éloigne. Cette conclusion est d'une solitude bouleversante.
|