Le Groupe des Six

 

Début de la page tirée de l'émisson Radio France par Alexandra James et François-Xavier Szymczak

https://www.radiofrance.fr/francemusique/le-groupe-des-six-rebelles-musiciens-et-amis-2849820

 

« Les Six ne sont que des sauvages et des ignorants. Il faut en finir avec ces petits impudents ! Ils font trop de bruit ! », relatait l’écrivain André Suarès en 1920, tandis que le Tout-Paris parlait du groupe des Six. Mais au fait, qu’est-ce que c’est le groupe des Six ?

 

Les Six, c’est une compositrice et cinq compositeurs, rassemblés à Paris sur la fin de la Grande Guerre autour d’Erik Satie et surtout de Jean Cocteau. L’histoire commence en 1916. La bataille de Verdun fait rage, mais la vie artistique continue à Paris. Cette année-là, Cocteau et Satie font la connaissance d’un tout jeune prodige, venu de Montpellier, Georges Auric. Et d’un. En mai 1917, Cocteau et Satie présentent au Châtelet avec Picasso leur ballet Parade, qui fait scandale. Un bidasse de 18 ans, enfant d’une riche famille d’industriels, applaudit à tout rompre, c’est Francis Poulenc. Et de deux.

Un atelier de peintre à Montparnasse, rue Huyghens, accueille alors des concerts-expo. On y présente des œuvres d’Auric avec deux de ses camarades de conservatoire : le Franco-Suisse Arthur Honegger - et de trois -, avec le fils d’un typographe qui renonce à la fabrique familiale et se consacre à la musique après avoir entendu Pelléas de Debussy, mort en 1918, c’est Louis Durey - et de quatre. Ces jeunes gens ont bien remarqué la première de la classe, qui s’est imposée au conservatoire malgré l’opposition de son père, pour qui être musicienne, c’est comme faire le trottoir. Voici Germaine Tailleferre, protégée de Satie et de Ravel, et de cinq.

Il ne manque plus que le sixième, Darius Milhaud, devenu secrétaire de l’ambassadeur de France au Brésil, Paul Claudel. Milhaud est de retour à Paris en 1919 et on se rassemble dans son appartement chaque samedi soir pour faire de la musique, réciter des vers, papoter, faire la fête, avec Marie Laurencin, Paul Morand, Raymond Radiguet ou Roger Martin du Gard. Les « samedistes » comme on les appelle sont avant tout une bande d’amis.

Le quinquagénaire Erik Satie forme alors un groupe appelé « Les Nouveaux jeunes » avec cette petite bande. On donne des concerts au Vieux Colombier de Jacques Copeau et Cocteau relate ses échanges avec les Nouveaux Jeunes dans un pamphlet intitulé « Le Coq et l’Arlequin ». Proust l’applaudit, Gide le critique. Après le scandale de Parade, voilà ce que Cocteau adore : la polémique, source de publicité. Cocteau invente avant tout le monde le « buzz ». Satie est parti bouder parce que Durey invite Ravel dans la troupe, alors Cocteau se présente comme LE chef d’orchestre de cette jeunesse musicale moderne.

Les mots d’ordre sont simples : à bas Wagner, à bas les brouillards debussystes, vive la simplicité, la concision, vive le jazz, le music-hall, le cirque, la gaieté loufoque, l’esprit potache, et Cocteau promet le renouveau de la musique française. C’est alors que Henri Collet écrit deux articles dans Comœdia en inventant l’expression « groupe des Six », allusion à un précédent « groupe des Cinq » russe, et Germaine Tailleferre apprécie qu’il insiste sur l’amitié qui les relie tous. Leur première œuvre collective s’intitule L’album des six pour piano.

Milhaud rapporte alors du carnaval brésilien des rythmes qu’il va intégrer dans le Bœuf sur le toit, une partition qui donnera son nom à un établissement couru par le Tout-Paris entre Concorde et la Madeleine. On croise les pianistes Jean Wiéner, Marcelle Meyer, son mari comédien Pierre Bertin, mais aussi Arthur Rubinstein.

Mais des fissures commencent à apparaître, Durey, Tailleferre, Honegger ne sont pas à l’affiche des quatre concerts du Bœuf sur le toit, et puis l’esprit potache, la farce, le grotesque, les clowneries chics de Cocteau sont trop réducteurs pour ces jeunes créateurs. « J’avais le comique en horreur », dira Darius Milhaud, vexé qu’on puisse rigoler de cette musique brésilienne qu’il admire. Milhaud qui dirige alors du Schönberg, que Georges Auric joue au piano.

Satie décrit même une scission : « Auric, Poulenc et Milhaud ont la sensibilité moderne, Durey, Tailleferre, Honegger sont de purs impressionnistes », selon lui. Et lorsque Satie écrira que « si Ravel refuse la légion d’honneur, toute sa musique l’accepte », c’en est trop pour Louis Durey qui se retire du groupe. « Quel cochon que ce Durey, écrit Satie à Cocteau, quand le foutra-t-on en l’air comme un vent ? ».

Mais l’amitié entre les Six est toujours là, malgré les mésententes. Dans une lettre, Poulenc dénonce « la musique boche suisse ridicule » de Honegger, mais Milhaud essaie de retenir Durey en écrivant : « tant mieux si nos admirations divergent, raison de plus pour être unis ». Une phrase qui pourrait être le slogan des Six. Six qui ne seront que cinq pour leur seconde œuvre commune, sans Louis Durey, parti s’installer à Saint-Tropez. Ce sera Les Mariés de la tour Eiffel, sur un argument loufoque et iconoclaste de l’incontournable Cocteau. On rigole une dernière fois, mais chacun est lucide. Pour Milhaud, cette œuvre collective est « assez faible » ; Poulenc est beaucoup plus direct : « quant à la musique, hormis l’ouverture d’Auric, c’est toujours de la merde ».

Henri Collet, l’inventeur du nom, l’enterre deux ans plus tard dans un article intitulé « le Crépuscule des six ». Jacques-Emile Blanche peindra le groupe avant sa séparation, mais Louis Durey n’est pas au tableau. Chacun suivra son chemin, et on se rassemblera bien plus tard pour des photos souvenirs où la jeunesse et l’insouciance des années folles se sont envolées. Mais leur amitié et leur légende sont restées intactes.

Contexte de la Formation

  • Réaction contre l'Impressionnisme et le Romantisme : Les Six se sont opposés aux styles musicaux de l'époque, cherchant à rompre avec les complexités harmoniques et les textures riches du romantisme et de l'impressionnisme.
  • Influence de Jean Cocteau : Cocteau a été une figure centrale pour Les Six. Dans son manifeste "Le Coq et l'Arlequin" (1918), il a prôné une musique française simple et dépouillée, opposée à l'influence allemande et à l'impressionnisme français. Cocteau a encouragé Les Six à adopter une esthétique plus claire et plus directe.

Le terme « groupe des Six », aussi nommé Les Six, fut inventé par le compositeur et critique Henri Collet. Il réunissait, entre 1916 et 1923 : des compositeurs :

  • Georges Auric (1899-1983),
  • Louis Durey (1888-1979),
  • Arthur Honegger (1892-1955),
  • Darius Milhaud (1892-1974),
  • Francis Poulenc (1899-1963),
  • Germaine Tailleferre (1892-1983

auxquels s'associaient des poètes d'avant-garde : Blaise Cendras et Jean Cocteau, le porte-parole du groupe.
Les compositions du groupe des Six reflètent une esthétique commune et un nouvel état d'esprit :  l'« Esprit Nouveau » qui soufflera sur les années 20 en France (et en Allemagne également avec Paul Hindemith). La seule œuvre collective des Six (sans Durey) est leur collaboration aux Mariés de la Tour Eiffel de Cocteau, une oeuvre à découvrir et à connaître.

Les Mariés de la Tour Eiffel est un ballet collectif de Georges Auric, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre (cinq des membres du groupe des Six), sur un livret de Jean Cocteau, avec une chorégraphie de Jean Börlin, des décors d'Irène Lagut et des costumes de Jean Hugo. Le spectacle fait appel à deux narrateurs. Le ballet a été représenté pour la première fois à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, en 1921.

Le scénario du ballet frise le non-sens : un couple de jeunes mariés prend son petit déjeuner sur l’une des plateformes de la Tour Eiffel. Un invité fait un discours pompeux. Alors qu’un photographe invite l’assemblée à « regarder le petit oiseau sortir », un bureau de télégraphe apparaît subitement sur la plateforme. Un lion entre et dévore un des invités pour son petit déjeuner alors qu’un étrange personnage dénommé « un enfant du futur » surgit et tue tout le monde. Le ballet se termine par la fin du mariage.

Auteur d'une farce grinçante autour des stéréotypes de l'époque (la famille, la bourgeoisie, l'armée et même la très admirée tour Eiffel), Cocteau, interrogé sur le sujet du ballet, répondit : « Vacuité d’un dimanche ; bestialité humaine, expressions toutes faites, dissociation des idées de la chair et des os, férocité de l’enfance, la poésie miraculeuse de la vie quotidienne ».

Francis Poulenc, dans une lettre du 29 juillet 1923, dit de l’œuvre : « toujours de la merde... hormis l'ouverture d'Auric ».

Le ballet est composé de 10 scènes :

Ouverture (14 juillet) - Georges Auric
Marche nuptiale - Darius Milhaud
Discours du général (polka) – Francis Poulenc
La Baigneuse de Trouville – Francis Poulenc
La Fugue du massacre – Darius Milhaud
La Valse des dépêches – Germaine Tailleferre
Marche funèbre – Arthur Honegger (dans laquelle il s’inspire de la valse de l’opéra Faust de Gounod)
Quadrille – Germaine Tailleferre
Ritournelles – Georges Auric
Sortie de la noce – Darius Milhaud

 

Œuvres et Caractéristiques Musicales

  • Georges Auric : Connu pour ses compositions pour le cinéma, Auric a collaboré avec Jean Cocteau sur des films tels que "Le Sang d'un Poète" et "La Belle et la Bête".
  • Louis Durey : Moins connu que ses collègues, Durey a néanmoins contribué au groupe avec des œuvres de chambre et des compositions vocales.
  • Arthur Honegger : Célèbre pour son oratorio "Le Roi David" et son poème symphonique "Pacific 231", Honegger a apporté une dimension dramatique et orchestrale au groupe.
  • Darius Milhaud : Compositeur prolifique, Milhaud a exploré de nombreux styles et a intégré des éléments de jazz dans ses œuvres. Son ballet "La Création du Monde" est un exemple de cette fusion.
  • Francis Poulenc : Connu pour ses mélodies, ses œuvres chorales et ses opéras, Poulenc a su mêler humour et sérieux dans ses compositions. Son opéra "Les Dialogues des Carmélites" est particulièrement renommé.
  • Germaine Tailleferre : Seule femme du groupe, Tailleferre a composé des œuvres pour piano, de la musique de chambre et des concertos. Sa musique est caractérisée par sa légèreté et sa clarté.

 


Le Groupe des Six était avant tout un groupe de jeunes camarades, réunis par :

    • leur ancrage dans la vie artistique et intellectuelle parisienne (Les « samedistes » se retrouvaient dans des appartements, restaurants, au cirque Medrano, au Music-hall...)
    • leur ton impertinent : Machines agricoles opus 56, 1919, de Darius Milhaud pour voix soliste et orchestre de chambre :
    • et leur ouverture très moderne à de nouveaux arts (music-hall, cirque et bientôt le cinéma) et aux nouveaux genres musicaux (jazz, musique latino-américaine).

     

    Darius Milhaud et son Boeuf sur le Toit

    Présentation du Boeuf sur le Toit par Alexandre Tharaud

     

     

     

     

    Le Groupe des Six a été une force majeure dans la musique du XXe siècle, représentant un tournant vers une musique plus accessible et ancrée dans la culture populaire. Leur rejet des conventions et leur désir de créer une musique française authentique ont laissé un héritage durable dans le paysage musical mondial.